Kassognah : des usagers en colère face au retard d'ouverture du pont, malgré l'avancement des travaux

Kassognah : des usagers en colère face au retard d'ouverture du pont, malgré l'avancement des travaux

Malgré un chantier presque achevé, le pont de Kassognah demeure fermé à la circulation, amplifiant les difficultés quotidiennes des riverains entre détours coûteux, soupçons d’intérêts financiers et silence des autorités.

Plus de deux ans après le lancement des travaux, le pont de Kassognah, situé dans la commune urbaine de Sanoyah, en périphérie de la ville de Conakry, reste fermé à la circulation, alors même que son taux d’exécution est estimé à 90 %. Cette fermeture prolongée suscite une vive indignation parmi les habitants, contraints à de longs détours ou à payer des frais de stationnement élevés avant de regagner leurs domiciles.

Lancé en juin 2023, le chantier du pont de Kassognah s’inscrit dans le cadre du projet de construction de cinq ouvrages similaires dans le Grand Conakry. Son objectif était de désengorger la zone et fluidifier la circulation. Mais aujourd’hui, ce projet, pourtant bien avancé, est perçu comme un fardeau quotidien pour les riverains.

Des détours coûteux et épuisants

Pour de nombreux habitants, le quotidien est devenu un calvaire. Faute de voie de déviation, les trajets ont été considérablement rallongés. Falikou Keita, résident de Kassognah, décrit un parcours de seulement deux kilomètres transformé en un détour de treize kilomètres, en passant par Gomboyah et Bentourayah.

« Ce qui fait mal, c’est que les travaux majeurs sont terminés depuis trois mois, mais le pont reste fermé. Et pourquoi ? Parce qu’un groupe de personnes y trouve un intérêt financier », dénonce-t-il. Alors que des parcs privés de stationnement de motos et de véhicules ont été installés autour du pont. « Ils font payer 5 000 francs pour les motos et 10 000 pour les voitures, soit jusqu’à 300 000 GNF par mois pour certains. Cela retarde les travaux restants, car une manne financière de près de 60 millions de francs est en jeu », assure-t-il, sans pour autant donner plus d’éléments attestant ces allégations.

Une urgence pour les usagers

Pour le Dr Ibrahima Conté, médecin, cette situation dépasse le simple désagrément. Elle met en péril la réactivité exigée par son métier. Contraint de parcourir plus de 50 kilomètres chaque jour pour rejoindre son lieu de travail, il souligne le coût en temps, en carburant et en énergie. « Le pont est pratiquement terminé. Il est temps de nous le livrer, au moins partiellement, pour soulager la population », plaide-t-il, évoquant les difficultés accrues en cette saison des pluies.

Appels à la patience

Mais tous les habitants ne partagent pas cette impatience. Elhadj Moussa Kourouma invite ses concitoyens à faire preuve de retenue et de compréhension. « Il faut laisser le temps aux ouvriers de finaliser les travaux. L’entreprise n’a aucun intérêt à nous faire souffrir », estime-t-il. Il évoque les « petits réglages » encore en cours, tels que l’éclairage ou les panneaux de signalisation, avant la livraison définitive de l’ouvrage.

Silence de l’entreprise et des autorités locales

Malgré plusieurs tentatives, ni l’entreprise Ballast Nedam International Projects, chargée de l’exécution du chantier, ni les responsables du quartier de Sanoyah n’ont donné suite à nos demandes d’interview.

Pour rappel, la construction du pont de Kassognah fait partie d’un vaste projet cofinancé à hauteur de 60 millions d’euros par le gouvernement guinéen et la coopération néerlandaise. En plus de Kassognah, des ponts sont également en construction à Kissosso, Demoudoula, Kiroti et Kakimbo.

Alors que des habitants oscillent entre impatience, résignation et colère, une seule certitude demeure : l’attente se fait de plus en plus pesante.

Djenaba Diakité