Alors que les établissements scolaires ont fermé leurs portes pour les grandes vacances, des milliers d'enseignants des écoles privées se retrouvent confrontés à une réalité souvent ignorée du grand public : l'absence de revenus pendant trois mois. Pour plusieurs enseignants, les vacances ne riment ni avec repos ni avec loisirs, mais avec une véritable course contre la montre pour assurer la survie de leur famille.
Dans plusieurs écoles privées, les cours de révision ont débuté dès le mois de juillet. Du lundi au jeudi, de 8 heures à 13 heures, des enseignants encadrent des élèves désireux de renforcer leurs acquis ou de préparer les examens de l'année scolaire à venir. Derrière cette initiative pédagogique se cache pourtant une autre réalité : celle de professionnels qui cherchent avant tout un moyen de gagner de quoi vivre.
« Nous ne faisons pas seulement ces cours pour aider les élèves. C'est aussi notre seule source de revenus pendant les vacances. C’est facile mais nous sommes obligés de faire avec. Pour nous enseignants du privé, dès que le mois de juin arrive, beaucoup se demandent par où donner la tête. Nous aidons les enfants à rehausser leur niveau mais parfois il y a des parents qui nous fatiguent. Leurs enfants révisent jusqu’à la fin et après ils refusent de payer», confie Chérif Sylla rencontré dans une école privée de Conakry.
Des salaires qui s'arrêtent avec la fin des cours
Dans de nombreux établissements privés à travers la Guinée, les enseignants ne bénéficient pas d'un salaire sur douze mois. Une fois les cours terminés, les rémunérations cessent, laissant les enseignants sans ressources jusqu'à la rentrée suivante.
«Avec cette situation, certains d’entre nous sont assistés par nos femmes à la maison. Elles assurent le nécessaire quand c’est possible. C’est très difficile », indique Chérif Sylla.
Quelques fondateurs d'écoles choisissent de maintenir les salaires pendant toute l'année, mais ils restent une minorité. Pour la plupart des enseignants, les trois mois de vacances représentent une période d'incertitude financière.
Plus préoccupant encore, certains affirment ne pas percevoir leur salaire du mois de juin, pourtant considéré comme le dernier mois d'une année scolaire et celui sur lequel beaucoup fondent leurs derniers espoirs.
« Nous comptons souvent sur le salaire de juin pour payer le loyer, acheter un sac de riz ou régler les dernières dépenses avant les vacances. Quand cet argent n'arrive pas, toute la famille est en difficulté », explique un autre enseignant.
La débrouille comme seul refuge
Face à cette situation, nombreux sont ceux qui se tournent vers des activités génératrices de revenus. Certains donnent des cours particuliers, d'autres travaillent sur des chantiers de construction, exercent le petit commerce ou effectuent des travaux journaliers.
Pour d'autres encore, la moto devient un outil de survie. Ils se reconvertissent temporairement en conducteurs de taxi-moto afin de subvenir aux besoins de leur famille.
« Mieux vaut conduire une moto que rester à la maison sans rien faire. Les enfants doivent manger chaque jour », raconte un enseignant que nous appelons *Oumar devenu taxi-motard pendant les vacances.
La saison des pluies complique davantage cette quête de revenus. Les activités ralentissent, les déplacements deviennent difficiles et les opportunités de travail se font rares, accentuant la précarité de nombreux enseignants. «Je n'ai pas le choix pour joindre les deux bouts actuellement », lance-t-il.
Une profession essentielle, mais peu protégée
Ces témoignages mettent en lumière la fragilité des conditions de travail dans l'enseignement privé. Pourtant, ces femmes et ces hommes jouent un rôle majeur dans la formation de milliers d'élèves chaque année.
Au-delà de la passion d'enseigner, ils réclament surtout davantage de considération, des contrats plus protecteurs et une rémunération qui leur permette de vivre dignement tout au long de l'année.
À chaque rentrée scolaire, ils retrouvent leurs salles de classe avec le même engagement. Mais, pendant les vacances, beaucoup mènent un combat silencieux pour nourrir leur famille, payer leur loyer et préserver leur dignité. Une réalité qui rappelle que derrière le tableau noir et les cahiers se cache aussi la vie quotidienne d'enseignants souvent livrés à eux-mêmes dès que sonne la fin de l'année scolaire.
Mohamed Diawara