Pour certains, elle est une douce mélodie qui accompagne une tasse de café derrière une fenêtre. Pour d'autres, elle représente une épreuve de plus, une bataille silencieuse contre la faim, le froid et l'abandon.
Imagine...
Imagine ce jeune étudiant, diplômé ou encore sur les bancs de l'université, sans emploi, qui survit aujourd'hui grâce à ce qu'il a réussi à gagner la veille. Chaque matin, il se réveille avec des rêves plein la tête, mais chaque soir, il s'endort avec l'angoisse de ne pas savoir de quoi sera fait le lendemain.
Imagine cette mère au marché de Matoto. Elle n'a ni boutique ni hangar. Son bébé est attaché à son dos, ses pieds baignent dans les eaux de ruissellement tandis que ses marchandises s'abîment peu à peu sous la pluie. Pourtant, elle reste debout, parce que rentrer les mains vides, c'est risquer de voir ses enfants se coucher le ventre vide.
Imagine cette veuve qui, chaque matin, prépare des galettes. Depuis la disparition de son mari, elle est devenue à la fois mère et père pour ses enfants. Sous la pluie, elle continue de vendre, parce que ses enfants ne peuvent pas se nourrir du souvenir de leur père.
Imagine ce père de famille qui travaille à la casse de Madina. Sous les averses, il démonte des carcasses de voitures et de motos. Ses mains sont couvertes de graisse, son corps est trempé, mais il ne s'arrête pas. Derrière chaque boulon qu'il retire se cache l'espoir de pouvoir offrir le repas du soir à sa famille.
Imagine ce jeune motard qui sillonne les rues inondées de Conakry. Chaque course est un risque, mais il continue malgré tout. Au village, des parents âgés attendent le transfert d'argent qui leur permettra d'acheter du riz, des médicaments ou, tout simplement, de survivre.
Imagine cette mère rejetée par sa propre famille à la suite d'une erreur de jeunesse. Aujourd'hui, seule avec son bébé, elle affronte la pluie, le regard des autres et la faim. Elle ne réclame ni richesse ni privilège. Elle demande seulement une chance de vivre dignement.
Imagine cet homme... ou cette femme... que la maladie mentale a privés d'un refuge. Sous cette pluie, ils errent dans les rues, oubliés de tous, comme si leur souffrance n'avait plus de visage.
Imagine ce mendiant qui tend la main sous l'averse. Beaucoup ne voient qu'une main tendue. Très peu aperçoivent une dignité blessée, un être humain qui aurait sans doute préféré travailler plutôt que supplier.
Imagine aussi les balayeuses qui nettoient nos rues malgré les intempéries, les vendeuses ambulantes qui protègent leurs marchandises avec des sachets usés, les dockers, les ouvriers, les gardiens, les enfants des rues, les personnes âgées abandonnées, ou encore les personnes vivant avec un handicap, contraintes d'affronter une ville déjà difficile, devenue presque impraticable pendant la saison des pluies.
Ils sont là.
Ils croisent notre chemin chaque jour.
Ils ne nous demandent pas de résoudre tous leurs problèmes. Ils espèrent simplement que quelqu'un continue de les regarder comme des êtres humains.
La grandeur d'une société ne se mesure pas au nombre de ses immeubles, mais à la manière dont elle traite les plus vulnérables.
Si Dieu t'a donné un toit, pense à celui qui dort sous un pont.
S'il t'a donné un repas, pense à celui qui n'a rien mangé depuis la veille.
S'il t'a donné un emploi, pense à celui qui cherche désespérément une opportunité.
S'il t'a donné un manteau, pense à celui dont les vêtements ne sèchent jamais.
Nous ne pourrons peut-être pas sauver tout le monde.
Mais nous pouvons tous illuminer la journée de quelqu'un.
Un repas partagé.
Un vêtement offert.
Un parapluie prêté.
Une course payée.
Quelques mots de réconfort.
Une main tendue.
Parfois, un simple geste vaut bien plus qu'un long discours.
En cette saison des pluies, faisons tomber autre chose que de l'eau.
Faisons tomber l'indifférence.
Faisons pleuvoir la solidarité, la compassion et l'amour.
Car un jour, sans que nous le sachions, celui qui reçoit aujourd'hui sera peut-être celui qui nous relèvera demain.
N'attendons pas d'être confrontés à la souffrance pour apprendre à être humains. La pluie finira par s'arrêter, mais les blessures de l'indifférence, elles, peuvent durer toute une vie.
Aujourd'hui, regarde autour de toi.
Il y a forcément quelqu'un qui a besoin de toi.
Et parfois, le plus beau rayon de soleil n'est pas celui qui traverse les nuages.
C'est le cœur d'un être humain qui choisit d'éclairer la vie d'un autre.
Amadou FAK KALLO