Kankan : la hausse des produits halieutiques met les vendeuses en difficulté
À Kankan, la flambée des prix du poisson et du poulet met les vendeuses en difficulté à l’approche du ramadan et du carême, suscitant colère et protestations.
À Kankan, la flambée des prix du poisson et du poulet met les vendeuses en difficulté à l’approche du ramadan et du carême, suscitant colère et protestations.
Plusieurs vendeuses de poulets et de poissons des marchés de la commune urbaine de Kankan ont exprimé leur colère ce matin. Elles ont investi certaines ruelles de la ville pour dénoncer la hausse vertigineuse et incontrôlée des prix de ces produits halieutiques, à l’approche du ramadan et du carême chrétien.
Les frigorifiques sont pointés du doigt comme principaux responsables de cette situation. Selon les actrices du secteur, les prix sont revus à la hausse presque quotidiennement, sans justification ni concertation. Des pratiques qu’elles estiment étouffer les petits revendeurs et les plonger dans un endettement chronique. « Ce matin encore, les prix ont augmenté. C’est devenu une habitude. Nous ne faisons plus de bénéfices. Nous sommes sorties pour demander une baisse afin de pouvoir nourrir nos enfants. Tant que les prix ne baisseront pas, nous n’ouvrirons pas nos étals. Nous sommes toutes endettées », témoigne Saran Sidibé, visiblement épuisée.
La hausse est qualifiée de brutale et impacte lourdement les activités des vendeuses. Fatoumata Sidibé dénonce des augmentations qu’elle juge fantaisistes. « Le carton de poisson que nous achetions à 300 000 francs se vend aujourd’hui à 460 000 francs. Nous sommes à bout. Quand nos clients viennent pour manger, il y a toujours des échanges de paroles entre nous », déplore-t-elle.
Du côté des ménages, la pression est tout aussi forte. Marguerite Togba Ninamou, mère de plusieurs enfants et ménagère, soutient la mobilisation des vendeuses. Elle affirme devoir revoir ses dépenses depuis plusieurs mois pour nourrir sa famille. « On souffre énormément au marché. On peut dépenser plus de 100 000 francs par jour pour se faire un bon plat », confie-t-elle.
Face à la grogne, les responsables en charge de la pêche dans la préfecture de Kankan restent pour l’instant silencieux. Toutefois, une source interne ayant requis l’anonymat tente de rassurer les populations. « Après avoir été informés de la situation, nous avons immédiatement invité les grossistes à une rencontre. Il ressort que le problème est lié au circuit commercial international. Cette augmentation n’est pas la faute de l’État, mais du circuit commercial. Il y a une rareté de poissons à l’international alors que la demande est forte. Nous allons travailler discrètement pour que chrétiens et musulmans puissent passer le ramadan et le carême dans de meilleures conditions », assure-t-elle.
L’Association des consommateurs de Guinée dénonce, pour sa part, la hausse récurrente des prix des produits halieutiques à chaque période de ramadan. Pour Ousmane Keita, la nouvelle patronne du commerce est appelée à agir. « Un nouveau gouvernement est en cours de constitution et, même si cette flambée des prix est en grande partie liée aux difficultés du port, nous sommes convaincus que la nouvelle ministre du Commerce et de l’Industrie, Fatima Camara, pourra travailler avec son homologue des Transports pour atténuer le choc de la congestion du port, qui est en train d’être résolue progressivement. La responsabilité première est de résoudre ce problème. Parallèlement, les opérateurs économiques doivent éviter la spéculation et récupérer rapidement leurs conteneurs dès leur arrivée à quai », souligne-t-il.
Comme piste de solution, l’acteur de la société civile plaide pour un accompagnement accru des opérateurs économiques par l’État. Il appelle également les citoyens à des revendications responsables. « La solution passe par l’engagement de l’État à accompagner les opérateurs économiques, notamment par une forte subvention des taxes douanières. Il est essentiel que les populations adoptent une attitude citoyenne et responsable, en faisant confiance aux autorités tout en signalant les abus et les pratiques commerciales irrégulières », conclut-il.
Michel Yaradouno