Pendant longtemps, en Guinée, la formation professionnelle a souffert d’une mauvaise image. Beaucoup de jeunes la considéraient comme une solution de secours, réservée à ceux qui n’avaient pas réussi dans l’enseignement général. Dans les discussions, certains affirmaient même que ces écoles n’étaient « pas faites pour eux », préférant poursuivre coûte que coûte le parcours classique, malgré l’absence de débouchés concrets. Mais ces dernières années, les mentalités évoluent sur le sujet. Un contributeur de la plateforme en ligne IdimiJam est allé à la rencontre de jeunes qui ont choisi la formation professionnelle. Leurs parcours sont différents, mais tous partagent la même conviction : apprendre un métier peut transformer une vie.
Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes redécouvrent la valeur du savoir-faire et comprennent que la réussite ne passe pas uniquement par les bancs de l’université. La formation professionnelle apparaît désormais comme une voie sérieuse, utile et porteuse d’opportunités.
Cette évolution s’explique en grande partie par les investissements réalisés dans le secteur. Avec la relance, la construction et l’ouverture de plusieurs Écoles Régionales des Arts et Métiers (ERAM), ainsi que le développement des écoles professionnelles privées, l’offre de formation s’est considérablement élargie. Les jeunes peuvent désormais se former dans des domaines variés tels que la plomberie, l’électricité, la mécanique, la menuiserie, la santé, l’agriculture ou encore l’élevage. Des métiers indispensables au quotidien et recherchés sur le marché de l’emploi.
Sur le terrain, les résultats sont visibles. Dans les quartiers comme dans les villages, de nombreux jeunes prennent leur avenir en main grâce à leur métier. Certains ouvrent leurs propres ateliers, d’autres travaillent sur des chantiers ou développent des activités agricoles et d’élevage. Pour beaucoup, il ne s’agit pas seulement de gagner leur vie, mais aussi de retrouver leur dignité et de contribuer au développement de leur communauté.
C’est le cas de Mamadou Lamarana Barry qui, depuis rêvait de faire la médecine vétérinaire ou l’agronomie. Après avoir eu connaissance de l’ouverture d’une école professionnelle alors qu’il était au lycée, il a décidé de changer de voie. Il s’est inscrit à l’École nationale d'agriculture et d’Élevage (ENAE) de Tolo, dans la préfecture de Mamou, après avoir tenté le brevet d’études du premier cycle (BEPC) sans succès en 2021. Aujourd’hui, il est exploitant agricole à Dalaba, où il pratique l’agriculture et l’élevage. « Je rêvais de faire la médecine vétérinaire pour me permettre de faire l’élevage et créer mes propres fermes avicoles, en plus m’occuper de la santé de ma production ou l’agronomie. Donc, en apprenant qu’à Tolo je pouvais apprendre l’élevage et l’agriculture, j'ai tenté le BEPC une fois puis je me suis dit de ne pas perdre du temps et attendre jusqu’à finir les études secondaires. Depuis tout petit, j’aimais l’élevage », confie-t-il.
Derrière chaque réussite, se cache souvent une histoire faite de doutes, de sacrifices et de détermination !
Certains jeunes ont dû faire face aux critiques de leur entourage avant de prouver leur valeur. Aujourd’hui, ce sont eux que l’on sollicite pour réparer une installation, construire une maison ou accompagner un projet agricole. Leur savoir-faire est devenu indispensable.
À Conakry, Mamoudou Diallo exerce le métier de plombier. Après plusieurs difficultés dans ses études, il a choisi un autre chemin. « Comme mes études n’avançaient pas, j’ai décidé de me tourner vers la plomberie. J’ai suivi une formation professionnelle de trois ans et obtenu mon diplôme en plomberie. Après ma formation, je me suis rapproché des anciens du métier pour approfondir mes connaissances. Aujourd’hui, je suis convaincu que la formation professionnelle joue un rôle essentiel. Les métiers techniques sont au cœur du développement d’un pays », explique-t-il.
Ce jeune devenu professionnel dans la plomberie est formateur dans ce domaine. Il collabore avec une école professionnelle où il partage ses connaissances avec deux promotions de jeunes apprenants qui rêvent de faire carrière dans le domaine. « Je ne dirai pas que j’ai eu ce que quelqu’un d’autres n’as pas eu dans ce métier, mais quand tu parviens à joindre les deux bouts, nourrir ta petite famille, c’est beaucoup ça. J’ai aujourd’hui deux promotions auxquelles je donne des cours en plomberie dans une école professionnelle à Lambagny. Mon souhait est d’avoir des apprenants chaque trois mois pour leur donner du savoir », avance-t-il.
Malgré ces avancées, plusieurs défis restent à relever. Le manque d’équipements modernes, les difficultés d’accès au financement et l’insuffisance de l’accompagnement après la formation freinent encore l’épanouissement de nombreux jeunes. Beaucoup ont des idées et des projets, mais manquent de moyens pour les concrétiser. « J’évolue dans l'entrepreneuriat depuis que j’ai fini après des mois des stages dans un cabinet vétérinaire et fermes avicoles. Mais je rencontre assez de difficultés comme le manque de financement, le manque de soutien de l’Etat, la cherté de l’alimentation pour volaille, trouver les outils de travail appropriés. Si l’Etat nous vient en aide cela peut aider tout le monde. Si un pays se développe, ce n’est pas sans les écoles professionnelles, surtout les domaine de l’agriculture et de l’élevage », souligne Mamadou Lamarana Barry.
D’autres jeunes, après plusieurs années de chômage malgré leurs diplômes, choisissent eux aussi de s’orienter vers une formation professionnelle afin de construire une carrière dans un métier précis et d’améliorer leurs perspectives d’avenir.
Hawa Mansaré fait la Santé dans une école professionnelle à Conakry. Elle constate que dans sa salle de classe, beaucoup d’apprenants sont des diplômés de profils divers, qui ont déjà un premier diplôme universitaire et faute d’emploi, ils jettent leur dévolu vers la formation professionnelle. « Beaucoup ont un diplôme universitaire obtenu dans l’enseignement supérieur. Ils ont fait des années à la maison sans emploi et ils ont décidé de suivre une formation professionnelle pour sortir à la fin avec un diplôme mais avec un métier aussi », indique-t-elle.
Malgré les difficultés, une réalité s’impose aujourd’hui…
La formation professionnelle occupe une place de plus en plus importante dans le système éducatif guinéen. Elle offre de nouvelles perspectives à de nombreux jeunes en quête d’avenir et prouve qu’il est possible de réussir grâce à ses compétences, à son travail et à sa persévérance. À travers le ministère chargé de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, l’État s’engage à promouvoir davantage ce secteur. Aujourd’hui, choisir la formation professionnelle ne signifie plus abandonner ses rêves. C’est au contraire opter pour un avenir concret, stable et porteur d’opportunités. Chaque année, des milliers de jeunes parviennent ainsi à s’insérer sur le marché de l’emploi et à construire leur propre réussite.
Mohamed Diawara