Gaoual : entre l’éclat de l’or et l’appel des bancs, le combat pour l’avenir de toute une génération…

Gaoual : entre l’éclat de l’or et l’appel des bancs, le combat pour l’avenir de toute une génération…

À Gaoual, l’or de Kounsitel détourne les jeunes des bancs de l’école. Malgré le manque d’enseignants et d’infrastructures, des élèves comme Tiguidanké Ndiaye défendent l’éducation comme seul espoir d’avenir pour toute une génération.

Dans la préfecture de Gaoual, au nord-ouest de la Guinée, les mines d’or de Kounsitel attirent de plus en plus de jeunes, voire d'adolescents, laissant les salles de classe se vider. Entre courage et résignation, certains élèves, comme Tiguidanké Ndiaye, choisissent l’éducation comme voie d’avenir. Mais le Collège Centre manque de murs et d’enseignants pour protéger cette jeunesse dont l’avenir doit plus que jamais préoccuper les décideurs du pays.

Il y a encore peu de temps, les résultats aux examens nationaux du Collège Centre étaient en chute libre. La raison ? L’attrait irrésistible des sites miniers, qui vidait les salles de classe. « Au début, nous avons eu d’énormes difficultés. Nous n’arrivions pas à obtenir de bons résultats », confie Mamadou Alpha Diallo, principal dudit collège.

Pourtant, au cœur de cette effervescence minière, certains jeunes résistent. Tiguidanké Ndiaye, élève en 8ᵉ année au collège Action Vivre, a fait son choix. Alors qu’elle est en pleine période de compositions, elle observe avec tristesse le départ de ses camarades vers les mines. « On n’étudie pas pour les parents, on étudie pour soi-même », affirme-t-elle avec conviction.

Le témoignage de Tiguidanké est un plaidoyer vibrant pour la persévérance. Consciente de la chance qu’elle a, l’adolescente refuse de céder aux sirènes du gain immédiat. « Aujourd’hui, je suis fière de moi parce que j’étudie. Si tu étudies, tu peux bâtir un avenir radieux », lance-t-elle avec une maturité désarmante. Pour elle, l’éducation est le seul rempart contre les regrets futurs : « On voit des parents qui n’ont pas étudié et qui le regrettent. Ils se demandent : “Pourquoi je n’ai pas étudié quand j’en avais l’occasion ?” Pour éviter cela, mieux vaut étudier dès maintenant ».

Si la volonté des élèves comme Tiguidanké demeure intacte, l’environnement scolaire, lui, laisse à désirer. M. Diallo dénonce une situation ubuesque au Collège Centre : l’absence totale de clôture. « Il y a une ruelle qui traverse la cour de l’école. Souvent, des véhicules passent pendant les heures de cours », déplore-t-il. Cette porosité transforme l’école en espace public exposé, nuisant gravement à la concentration des élèves.

À cela s’ajoute un manque criant de personnel. Malgré les récents recrutements nationaux, le collège enregistre un déficit de quatre enseignants essentiels, notamment en Français, en Histoire et en Education civique et morale (ECM). Les trois membres de la direction sont parfois contraints de délaisser leurs tâches administratives pour dispenser eux-mêmes les cours. « Nous sommes tous chargés de cours parce que nous sommes en insuffisance d’enseignants », explique un responsable, soulignant qu’ils ne disposent même plus d’un surveillant général pour assurer l’encadrement.

Face à l’impossibilité d’éloigner physiquement les enfants des sites miniers, le principal mise sur la sensibilisation matinale et l’implication des parents. Chaque jour, dès la montée des couleurs, le message est clair : la réussite, l’avenir, passe par l’école et par les pioches.

L’appel est lancé aux autorités préfectorales et communales pour que la jeunesse de Gaoual ne soit plus happée par les mines. Elle doit être protégée par des murs et encadrée par des enseignants qualifiés. Comme le rappelle Tiguidanké Ndiaye, « l’étude est très importante (...) Les bénéfices qu’on récoltera demain, ce seront pour nous, nos familles et toute la nation ».

Cet article a été produit Ousmane Camara et Harouna Telly Diallo à l’occasion du Blogcamp organisé à la mi-janvier 2026 par l’ABLOGUI à Gaoual.