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Les zones humides jouent un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes et dans la vie des populations. Elles contribuent notamment à la régulation de l’eau, à la biodiversité, à la pêche et à l’agriculture. Pourtant, à Conakry comme à l’intérieur du pays, ces espaces sont soumis à différentes pressions, notamment l’urbanisation, les déchets, les remblais, les activités agricoles et l’exploitation des ressources naturelles.
Pour mieux comprendre l’importance de ces zones humides, les menaces qui pèsent sur elles et les conséquences de leur dégradation pour les populations, nous avons rencontré Daouda Bangoura, consultant en projet de développement, directeur du cabinet CECAD et spécialiste en gestion durable des zones humides. Interview…
IdimiJam.com : Quand on parle de « zones humides », de quels espaces parle-t-on exactement en Guinée et pourquoi sont-ils importants pour notre pays ?
Daouda Bangoura : Les zones humides sont des espaces où l’eau constitue le principal facteur d’influence du milieu et des êtres vivants qui y évoluent. Elles peuvent être caractérisées par la présence de l’eau de manière saisonnière ou permanente.
Lorsqu’on parle des zones humides, il faut donc parler d’abord de l’eau, mais aussi de la végétation et de l’ensemble des ressources qui s’y trouvent, notamment les ressources halieutiques. Ces espaces sont importants pour la Guinée parce qu’ils contribuent à la sécurité alimentaire, au développement des activités agricoles, à la diversification de l’économie locale, mais aussi à la préservation de l’environnement.
Les zones humides jouent également un rôle naturel dans la filtration et la purification de l’eau. Elles contribuent ainsi à la survie et au bien-être des communautés qui vivent à proximité. En quelque sorte, on peut dire qu’elles sont vitales pour notre pays.
La Guinée possède plusieurs zones humides d’importance internationale. Dans quel état se trouvent-elles aujourd’hui et quelles sont les principales pressions qui les menacent ?
La Guinée dispose officiellement de 16 sites Ramsar, c’est-à-dire des zones humides reconnues comme étant d’importance internationale dans le cadre de la Convention de Ramsar. Mais la situation actuelle de nombreuses zones humides en Guinée est très préoccupante. Prenons le cas du lac de Sonfonia, une zone humide sur laquelle j’ai travaillé dans le cadre de mon mémoire de master de recherche. Aujourd’hui, cette zone reçoit notamment des eaux usées. On observe également des phénomènes d’ensablement qui contribuent à réduire progressivement l’espace occupé par l’eau.
Il faut aussi prendre en compte les activités humaines qui se développent aux alentours. À Sonfonia, par exemple, un groupe de jeunes a installé une activité de lavage. Plus largement, l’urbanisation contribue à la réduction de l’espace occupé par les zones humides et participe à leur dégradation.
Avec l’urbanisation, les zones humides subissent davantage de pressions : des fosses septiques et des toilettes peuvent notamment être orientées vers ces espaces. Pourtant, ces zones permettent de développer des activités comme l’agriculture urbaine et la pêche. Elles pourraient également être valorisées à travers des aménagements de loisirs et contribuer à créer un microclimat favorable dans les localités où elles se trouvent.
On peut également citer le cas de Tayaki. Avant d’arriver vers la mer, on trouve une zone humide qui, même si elle ne fait pas partie des sites Ramsar, présente les caractéristiques d’une zone humide. Pourtant, elle est peu entretenue et semble susciter peu d’intérêt.
Concrètement, que perdent les populations lorsqu’une zone humide est remblayée, polluée ou disparaît ? Quels effets cela peut-il avoir sur l’eau, la pêche, l’agriculture ou les inondations ?
Lorsqu’une zone humide est remblayée, polluée ou disparaît, ce sont aussi les conditions de vie des populations environnantes qui peuvent être affectées. Certaines communautés dépendent de ces espaces pour les ressources halieutiques, l’agriculture ou d’autres activités. Les zones humides jouent également un rôle environnemental important. Lorsqu’elles sont remblayées, on perd notamment leur capacité à retenir l’eau et à contribuer à la régulation du milieu. Elles jouent aussi un rôle dans le stockage du carbone et participent à l’irrigation et au développement de l’agriculture urbaine. Il faut également considérer l’impact de la pollution sur les ressources aquatiques. Plus l’eau est polluée, plus les espèces aquatiques et halieutiques sont menacées.
Prenons encore l’exemple du lac de Sonfonia. Des enfants y pratiquent la pêche et certains poissons sont ensuite vendus aux abords de la route. Lorsque l’environnement aquatique est fortement dégradé, cela pose évidemment des questions sur la qualité des ressources issues de ces eaux et sur les conditions sanitaires dans lesquelles elles sont consommées.
Les zones humides jouent donc plusieurs rôles, aussi bien pour l’environnement que pour les activités économiques et les conditions de vie des populations.
À Conakry et dans les zones périurbaines, l’urbanisation et les constructions gagnent progressivement certains espaces naturels. Quel rôle jouent les zones humides dans la prévention des inondations ?
Les zones humides constituent des espaces d’accueil et de rétention des eaux de ruissellement. Une inondation se produit notamment lorsque ces eaux n’ont pas suffisamment d’espace pour être évacuées ou retenues.
Dans les localités où des zones humides sont remblayées, les conséquences peuvent être importantes lors des épisodes de fortes pluies. L’eau peut rester pendant de longues heures parce qu’il n’existe plus suffisamment d’espaces adaptés à sa réception, à sa rétention et à sa gestion.
La préservation de ces espaces est donc essentielle dans la gestion des eaux de ruissellement et dans la prévention des inondations.
La Guinée dispose de zones humides reconnues comme importantes à l’échelle internationale. Mais entre leur reconnaissance sur le papier et leur protection réelle sur le terrain, où se situe aujourd’hui le principal problème ?
Le principal problème se situe au niveau de la protection. Certes, nous parlons de 16 sites Ramsar reconnus à l’international, mais la Guinée compte bien plus de zones humides. En Haute-Guinée, par exemple, même si nous ne sommes pas dans une zone côtière, on trouve des mares, des marais et des lacs. À Conakry également, au-delà des zones côtières, il existe par endroits des lacs et des espaces de rétention d’eau, saisonniers ou permanents.
Le lac de Sonfonia est une zone humide d’importance capitale. Mais aujourd’hui, à vue d’œil, elle n’est pas suffisamment protégée ou sécurisée. Si nous voulons véritablement préserver cet espace, il y a énormément de travail à faire, notamment en matière de curage, car le lac est fortement touché par l’ensablement et l’espace occupé par l’eau s’est réduit.
Les zones humides sont reconnues à l’international, mais le principal problème reste leur protection effective sur le terrain. La question est donc de savoir ce que font réellement les services compétents, alors même que des structures sont dédiées à la gestion des zones humides.
Quelles sont aujourd’hui les principales faiblesses dans la protection des zones humides en Guinée et quelles mesures devraient être prises en priorité ?
Il faut plutôt parler de laxisme et d’inaction. En matière de politiques publiques, il existe pourtant un arsenal qui doit permettre de protéger les zones humides.
Je fais partie de la première communauté d’acteurs formés sur la gestion durable des zones humides en République de Guinée. C’était dans le cadre du projet GDZAO, consacré à la gestion durable des zones humides pour la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest.
Nous avions travaillé sur un ensemble de politiques et de stratégies susceptibles de permettre à la Guinée d’assurer une gestion durable et une meilleure préservation de ces espaces. Mais lorsqu’on observe aujourd’hui certaines zones humides, notamment le lac de Sonfonia, on constate qu’il reste beaucoup à faire. Si nous ne passons pas à l’action, nous allons assister à la disparition progressive de certaines zones humides. Il y a donc un retard, un manque d’action et surtout un manque de volonté.
Les mesures à prendre sont pourtant simples. Il faut notamment mieux délimiter et sécuriser les zones humides, et empêcher les activités qui contribuent à leur pollution ou à leur dégradation. L’un des principaux problèmes contre lesquels il faut lutter est l’urbanisation non maîtrisée.
Dans des conditions normales, une certaine distance devrait être respectée entre les constructions et les zones humides. Or, on constate parfois que des concessions sont construites directement à proximité des plans d’eau. Les eaux de ruissellement et les eaux provenant des toilettes peuvent alors être directement drainées vers ces espaces. La protection des zones humides nécessite donc une véritable volonté d’action, une meilleure application des mesures existantes et une gestion plus rigoureuse de ces espaces.
Propos recueillis par Elisabeth Zézé Guilavogui