Située en plein cœur de la ville de Beyla, la Place des Martyrs s’étend sur une vaste superficie. Pourtant, malgré son importance historique et son potentiel touristique, ce site emblématique reste aujourd’hui dans un état d’abandon avancé : absence de clôture, aménagement insuffisant et faible fréquentation.
Selon le directeur préfectoral de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat de Beyla, Mamady Kassia Donzo, la signification de cette place diffère des autres sites similaires en Guinée. « Généralement, les places des Martyrs sont des lieux où reposent des personnes tombées pour une cause. Mais ici à Beyla, la signification est particulière », explique-t-il. D’après les informations, recueillies localement, Samory Touré aurait prié sur le corps de son griot, tué dans le premier camp installé dans cette zone. Un élément qui confère à cet espace une valeur historique et symbolique forte. Par ailleurs, le site servait autrefois de lieu de grande prière pour les populations, renforçant ainsi son importance sociale et culturelle.
Face à l’absence d’aménagement, le directeur préfectoral affirme avoir pris l’initiative de valoriser cet espace avec ses propres moyens. « J’ai entrepris d’aménager cet espace afin d’en faire un lieu de récréation pour la jeunesse », assure-t-il. Un espace de plein air a ainsi été installé, permettant aux jeunes de se retrouver dans un cadre plus structuré. Avant cette initiative, les activités de loisirs se déroulaient majoritairement dans les rues, faute d’infrastructures adaptées.
L’un des éléments marquants de cette initiative reste son financement. Selon Mamady Kassia Donzo, aucun appui institutionnel n’a été reçu. « Je n’ai bénéficié d’aucune assistance du département de tutelle. Tout a été réalisé sur fonds propres », confie-t-il.
Le montant investi, selon ce responsable administratif, est estimé à environ 80 millions GNF, incluant notamment l’achat d’équipements comme des sièges, parfois via des prêts personnels. Pourtant, malgré ces efforts, la rentabilité économique du site reste faible. « Le rendement reste faible, car l’espace n’est pas encore très fréquenté », reconnaît M. Donzo.
Les revenus proviennent essentiellement de petits événements organisés sur place, insuffisants pour couvrir les investissements engagés. Plusieurs défis freinent aujourd’hui le développement du site notamment, à en croire le directeur préfectoral de la Culture. Ce sont :
l’absence de clôture, exposant l’espace à des dégradations ;
un manque d’aménagement structuré et la non délimitation officielle de l’espace (en attente des services de l’habitat). Ces contraintes limitent à la fois la sécurisation et la valorisation touristique du lieu.
Malgré ces difficultés, les autorités locales restent optimistes. La préfecture de Beyla compterait 33 sites touristiques recensés, selon la direction préfectorale M. Donzo, avec d’autres en cours d’identification. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large de valorisation touristique en Guinée forestière, notamment après la Saison touristique de 2025 qui a mis en lumière les potentialités de la région, avec N’zérékoré comme ville invitée d’honneur.
Face à l’ampleur des besoins, le directeur préfectoral lance un appel aux partenaires publics et privés. « Aménager un espace de cette envergure nécessite des moyens importants que nous ne disposons pas actuellement », explique-t-il. M. Donzo espère ainsi mobiliser des soutiens pour transformer la Place des Martyrs de Beyla en un véritable espace touristique, culturel et de loisirs.
Aujourd’hui, elle se trouve à la croisée des chemins : porteuse d’une mémoire historique importante, mais fragilisée par le manque d’investissement et de structuration. Sa réhabilitation pourrait non seulement préserver un patrimoine local, mais aussi offrir à la jeunesse un cadre de vie et de loisirs adapté. A condition que les efforts individuels soient soutenus par un engagement institutionnel plus fort.
Adama Hawa Bah